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21 juin 2015

Réparer les vivants

Couverture Réparer les vivants

Réparer les vivants

Maylis de Kerangal

Folio, mai 2015

304 p.

7.50 €

 

 

 

 

 

 

 

Résumé éditeur

«Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps.»

Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.

 

 

Mon avis

Le roman s'ouvre sur Simon, jeune surfeur passionné de 19 ans, qui s'est levé tôt ce matin-là pour dompter les meilleures vagues. Une dernière escapade avant l'accident : dans le brouillard de la nuit, la fatigue assommant, sa voiture se déporte et s'écrase contre un poteau. Sans airbags dans la camionnette, Simon, le seul parmi ses amis à ne pas être attaché, est projeté contre le pare-brise et souffre d'un traumatisme crânien irréversible. Déclaré en état de mort cérébrale, son coeur bat toujours...

 

Ce qui frappe dans Réparer les vivants, c'est que Simon n'est finalement pas le personnage central et qu'il s'agit plutôt de ce coeur autour duquel vont graviter tous les autres personnages, de ses parents à sa petite amie dévastés, du corps médical qui va le prendre en charge à la patiente qui attend d'être transplantée.

Le récit est ainsi découpé en une succession de tableaux ou portraits, qui nous permettent de suivre chacun d'entre eux. L'alternance des points de vue fait la force de ce roman, qui nous fait passer par autant d'émotions qu'il y a de personnages. A travers les pensées de Pierre Révol, qui prend en charge Simon, on découvre ainsi un médecin passionné par son métier, qui se réfère sans cesse à l'histoire et aux progrès de la médecine. On souffre avec les parents de Simon, de la terrible annonce de la mort de leur fils à la décision qu'il leur faut prendre rapidement, passages entrecoupés de tranches de vies de différents intervenants (infirmier en réanimation, chirurgiens et internes) et leur réflexion sur la mort. Puis on partage l'espoir de Claire, à qui le coeur sera destiné. A chaque étape du don, un nouveau personnage entre dans le récit.

Cette construction nous donne à voir toute la complexité humaine et scientifique du don d'organes, de l'acceptation des familles aux questions morales ou religieuses qu'il soulève, ainsi que la procédure purement médicale dont chaque étape est décrite en détails.

L'écriture aux phrases presque sans fins, ponctuées de virgules, est difficile à appréhender dans un premier temps. Puis on se laisse emporter dans ce torrent de mots. Ce rythme particulier nous essouffle dans une sorte de course contre la montre, le récit ne se déroulant que sur quelques heures, le temps de décider si les organes de Simon peuvent être donnés et d'entamer la procédure.

 

Réparer les vivants est un coup de coeur, un roman bouleversant qui nous invite à réfléchir sur un sujet d'actualité. Déjà récompensé par dix prix littéraires, il est recommandé dans le programme des 2ndes, option "Littérature et société".

 

 

"Car ce que Goulon et Mollaret sont venus dire tient en une phrase en forme de bombe à fragmentation lente : l'arrêt du coeur n'est plus signe de la mort, c'est désormais l'abolition des fonctions cérébrales qui l'atteste. En d'autres termes : si je ne pense plus alors je ne suis plus. Déposition du coeur et sacre du cerveau - un coup d'Etat symbolique, une révolution." p.44-45

 

 

"Mais pas les yeux, on ne prend pas les yeux, n'est-ce pas ? Elle étouffe son cri d'une paume plaquée sur sa bouche ouverte. Sean tressaille, s'écrie dans la foulée, quoi ? les yeux ? non, jamais, pas les yeux. Son râle stagne dans la pièce où Thomas a baissé les siens, je comprends.

C'est une autre zone de turbulence, et il frissonne, en nage, il sait que la charge symbolique diffère d'un organe à l'autre [...] et comprend qu'il doit transiger, s'écarter de la règle, accepter les restrictions, respecter cette famille. C'est l'empathie. Car les yeux de Simon, ce n'était pas seulement sa rétine nerveuse, son iris de taffetas, sa pupille d'un noir pur devant le cristallin, c'était son regard ; sa peau, ce n'était pas seulement le maillage fileté de son épiderme, ses cavités poreuses, c'était sa lumière et son toucher, les capteurs vivants de son corps." p.138

 

 

 

Posté par _Lottie_ à 10:28 - Contemporains - Commentaires [0] - Permalien [#]
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