Calypso

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16 novembre 2019

Les proies

9782743640705

Les proies

Thomas Cullinan

Payot-Rivages, 2017

592 p.

9 €

 

Ma note : 14/20

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé éditeur

En pleine guerre de Sécession, un caporal nordiste échappe à un brasier et trouve refuge dans un pensionnat pour jeunes filles confédéré. Mais l’intrusion soudaine d’un mâle vient perturber la vie des huit femmes qu’abrite encore l’institution, huit recluses pétries de valeurs puritaines et de pulsions refoulées. Objet de tous les fantasmes, le soldat va s’employer à les incarner avec un art consommé de la manipulation, jusqu’à une nuit où tout bascule.

 

Mon avis

J'étais vraiment très emballée par le résumé et les annonces de l'éditeur en 4è de couverture ("Huis clos psychologique au suspense diabolique", « Un conte gothique démentiel… On est fasciné par l’horreur que renferme ce pensionnat de jeunes filles. » Stephen King) et ne ressors que plus déçue de cette fastidieuse lecture...

Ecrit sous forme de roman choral regroupant les témoignages de toutes les pensionnaires, à la manière d'une enquête policière, nous découvrons qu'il s'est produit un drame suite à l'arrivée du jeune caporal John McBurney dans leur vie. Chacune à leur tour, elles livrent donc ce qu'il s'est passé depuis leur première rencontre, lorsque la petite Amélia le trouve blessé dans la forêt et le ramène au pensionnat où il sera soigné, comment celui-ci les a toutes bernées et séduites une fois rétabli, et les raisons du drame.

Ce huis-clos aurait pu être génial mais, bien qu'il soit très bien écrit dans sa forme, ce qui m'a incitée à poursuivre sa lecture jusqu'au bout, le fond a plusieurs défauts gênants. On commence par se perdre très vite dans la galerie des 8 personnages féminins, en particulier parmi celles qui ont un rôle plus secondaire que les autres et dont la personnalité ressort moins du lot. Exceptée Edwina, elles sont dans l'ensemble sans grand intérêt, voire cruches, adultes comme jeunes filles. La succession des témoignages devient ensuite ennuyeux puisque introspectifs et répétitifs. Il peut se passer des pages et des pages sans que l'histoire n'avance puisqu'elles répètent toutes plus ou moins la même chose, parlant de la guerre, de leur passé, de ce qu'elles pensent du Yankee et des autres filles ou de ce qu'il se passe dans le pensionnat, et dans un roman de 600 pages, c'est long, très long... Enfin, le côté "thriller" et "horreur" annoncé, je ne l'ai tout simplement pas trouvé ! Ni la tension, qu'elle soit psychologique ou sexuelle, qui devait émaner de ce huis-clos. Il y avait pourtant matière ! Si la fascination exercée par le caporal sur (presque) toutes les pensionnaires est détaillée, les scènes de séduction sont réduites à quelques lignes, et le jeu de manipulation aurait pu être bien mieux exploité, tout comme les jalousies et la concurrence entre les filles pour avoir les faveurs du jeune homme. Enfin, mis à part un passage important puisqu'il s'agit d'un tournant dans l'histoire, tout le reste du roman ne réserve aucune vraie surprise, y compris pour la fin choisie.

En un mot, les 3/4 du texte n'apportent rien et le roman aurait été bien meilleur si plus condensé ou avec un suspens et des personnages mieux travaillés. Je mets quand même un 14/20 pour l'écriture et le potentiel qu'il y avait. J'aurais mis beaucoup moins si je l'avais abandonné, et ce n'est pas l'envie qui manquait.

 

 

Les proies est d'abord paru en 1966 et a été adapté deux fois en films, avec une version en 1971 portée par Clint Eastwood dans le rôle du caporal, et une plus récente, de Sofia Coppola en 2017, avec un casting impressionnant de stars. J'ai très envie de découvrir cette version qui, aux vues de la bande-annonce prend quelques libertés avec les personnages, mais a l'air de mieux retranscrire ce que j'attendais du roman. Par contre, je vous déconseille de la regarder car elle en montre la fin...

 

 

"Vous venez d'inviter le chaos dans cette maison, malheureuses !"

 

 

"Je dois avouer que j'étais tombée quelque peu sous l'emprise de mon interlocuteur, de son aura ou de son audace, peut-être."

 

 

 

 

 

Posté par _Lottie_ à 09:29 - Historique - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur Les proies

  • Il aurait clairement pu me plaire, le résumé était carrément super tentateur... Mais vu ta chronique, je vais passer mon tour. Merci de m'avoir éviter une déconvenue !

    Posté par La Crapelette, 16 novembre 2019 à 10:37 | | Répondre
  • Je ne connais pas le livre qui a servi aux deux adaptations cinéma. En revanche, je suis un fan absolu du film de 1971: Don Siegel est un réalisateur de la contre-culture qui cherche à explorer les paradoxes américains, entre grands principes moraux et pulsions de violences diverses. Le film est un savant cocktail, à la fois râpeux, oppressant et déroutant. Il témoigne des doutes de l'Amérique autoproclamée comme le modèle parfait du contrat social mais qui ne peut échapper à ses démons originels et donc à un certain ensauvagement micro-sociétal. C'était assez osé de mettre en relief un soldat nordiste, peu patriote et antipathique, alors que, habituellement à Hollywood, le sudiste est le contre-modèle complet de l'idéal national... Il y a aussi l'idée que la guerre brutalise les comportements des militaires comme des civils (traumatisme du Vietnam à l'époque du film de Siegel).

    Posté par Makhno, 16 novembre 2019 à 11:35 | | Répondre
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