Je reviendrai vous voir

Je reviendrai vous voir
George Morikawa, Nobumi
Akata, 2015
152 p.
6.95 €
Présentation éditeur
Nobumi est un jeune père de famille. Il est surtout auteur de livres illustrés destinés aux enfants. À l'instar de nombreux japonais, il sera, le 11 mars 2011, choqué à vie par la triple catastrophe qui s'abat sur son pays. Un peu naïf, et le cœur empli d'espoir, il décide alors d'envoyer gratuitement plusieurs milliers d'ouvrages jeunesse (dont les siens) pour distraire les enfants de la zone sinistrée. Mais quand il annoncera son don sur son blog, les réactions des internautes seront pour le moins… violentes ! Choqué et meurtri jusqu'au plus profond de son âme, Nobumi va alors vivre une véritable crise artistique, dont une seule issue sera possible : laissant pour plusieurs jours sa vie confortable de tokyoïte, il part en tant que bénévole volontaire, pour aider à la reconstruction de la zone sinistrée du nord est du Japon. Il y découvrira un paysage encore pire que tout ce qu'il avait pu imaginer… Suivez son émouvante histoire vraie, mise en dessins sous la plume des meilleurs mangakas japonais !
Mon avis
Hasard du Club manga, c'est cinq ans après la catastrophe de Fukushima, jour pour jour, que j'ai découvert Je reviendrai vous voir. Ce one-shot, né de la rencontre avec le mangaka George Morikawa, est l'histoire vraie de son auteur, Nobumi, parti à la rencontre des sinistrés pour apporter son aide.
A la base, en tant qu'auteur jeunesse, il pense à envoyer des milliers de livres aux enfants qui ont tout perdu, pour leur apporter un peu de réconfort et leur faire oublier la catastrophe le temps d'un livre. Son geste, d'un grand altruisme, n'est pas compris et les retours injurieux le touchent au plus haut point : ces enfants ont-ils vraiment besoin de s'embarrasser de livres ? Un besoin irrépréssible d'aller sur place les aider l'envahit alors. Aidé d'une équipe de bénévoles, dont d'autres artistes, il ne ménagera pas sa peine durant les quelques jours passés dans la zone sinistrée. Mais la tâche est immense et le choc brutal !
Le choc est aussi violent pour le lecteur, qui peut s'imaginer la scène d'après les images qu'on a pu voir à la télé ou dans les journaux, mais on ne peut pas concevoir ce que c'est d'être aux milieux des décombres. Odeurs pestilentielles d'égouts, de poissons pourris ou d'algues moisies charriés par le tsunami, corps en décomposition (le manga reste très soft et pudique sur le sujet), boue et débris sans fin à déblayer... mais pour les mettre où ? Avec toute la bonne volonté du monde, la tâche parait impossible.
A travers ses dessins, G. Morikawa a su représenter l'immensité de ces paysages de désolation et le contraste avec le héros, tout petit, qui n'imaginait pas des dégâts d'une telle ampleur. Pour dessiner les quelques habitants rencontrés, d'un courage et d'une humilité exemplaires, d'autres mangakas ont aussi été sollicités (dont Hiro Mashima, Fairy Tail, et Makoto Raiku, Animal Kingdom), chacun apportant son propre style pour leur donner vie.
Ce manga ne peut pas laisser indifférent et, outre son rôle de témoignage et son message humanitaire fort, il nous interroge sur la place des artistes dans notre société.
Je reviendrai vous voir fait partie de la sélection Shonen du Prix Mangawa 2016
AINIIKUYO © George Morikawa / Nobumi / Kodansha Ltd.

© Reuters


